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Notre séjour au Nicaragua a commencé à Léon, une jolie ville historique (la plus vieille du pays!), colorée, agréable, authentique… Nous y sommes restés 2 jours avant de mettre le cap sur Las Peñitas, un petit village sur la côte nicaraguayenne. C’est à Mano a Mano, un eco-hostel tout neuf que nous avons élu domicile…et nous y sommes restés 5 nuits (au lieu des 2 prévues !!!). Il faut dire que l’endroit est paradisiaque, et que l’ambiance que Thyrso et Kevin ont réussi à installer là dedans pousse à y rester. On est hyper admiratifs de ces deux zozos, et vous allez comprendre pourquoi, grâce au portrait de Kevin, un des fondateurs de l’endroit :

 

Peux tu te présenter ?

 

Je m’appelle Kevin, j’ai 28 ans, je suis originaire du Panama, j’habite au Nicaragua depuis 1 an et demi ; je suis arrivé en janvier 2016. Je travaille ici avec Thyrso, sur notre projet qui est l’hostel Mano a Mano. Nous avons commencé à construire cette auberge de jeunesse il y a un an et demi. L’idée c’est de construire un hostel écologique, avec des matières premières recyclées, organiques…au début le concept final n’était pas si clair, et finalement c’est bien plus incroyable que ce que j’aurais pu imaginer. En fait, on avait une vision, une direction vers laquelle aller mais pas de concept fixe finalement.

 

Et quelle était cette vision, en quelques mots ?

 

Nous voulions construire une auberge de jeunesse, avec des dortoirs, mais aussi des chambres privées, un complexe touristique fait de matières comme le bambou, de bois, de pierre, de feuilles de palmier… Notre vision des choses est pas mal influencée notamment par la permaculture et la bioconstruction qu’on essaie d’intégrer le plus possible au projet. Nous sommes trois associés : Thyrso, le papa de Thyrsoet moi. Thyrso à la base est architecte et connaît pas mal la bioconstruction qu’il a étudiée. Chacun de nous a des atouts, des forces qu’on a associées avec la même vision pour développer le projet. On avait des économies, on est forts de ce qu’on a appris en travaillant, en voyageant…et tout ça on l’injecte ici !

 

Comment as-tu rencontré ton associé, Thyrso ?

 

Au collège ! Lui est brésilien et est venu au Panama quand il avait 12 ans avec ses parents, et on est devenus copains. Après je suis allé étudier la logistique pendant 4 ans aux Etats-Unis, j’ai obtenu une bourse d’études qui m’a permis de tout payer : les cours, les repas, le loyer… Il fallait que j’ai de très bonnes notes pour pouvoir rester dans cette école de commerce. Après ça je devais rentrer travailler au Panama (ça faisait partie du deal pour la bourse d’études), donc j’ai trouvé un travail chez Samsung Electronics. Le problème c’est qu’après un certain temps j’ai réalisé que je n’étais pas vraiment heureux, même si je ne regrette rien parce que ça a participé à me faire devenir ce que je suis aujourd’hui ! J’ai commencé à m’intéresser à d’autres choses, et petit à petit je me suis éloigné de la logistique, de la vie en bureau…pour me tourner vers un autre type de vie, différente de celle que j’avais à l’époque. Il fallait un changement dans ma vie, alors j’ai cherché d’autres boulots, mais rien d’exceptionnel en terme de changement au début. En vérité, je ne suivais pas du tout mes rêves, ce que je voulais vraiment faire au fond de moi. Je pense vraiment que si tu ne fais pas quelque chose qui te passionne, alors tu passes à côté de quelque chose. Après il m’est arrivé plein de bonnes choses chez Samsung ! J’ai eu l’opportunité de voyager, d’expérimenter plein de trucs, de connaître du monde, de me faire de l’expérience…

 

Et comment avez-vous décidé de vous lancer dans ce projet ?

 

Quand j’ai démissionné de Samsung, il s’est passé quelques mois puis j’ai trouvé un boulot dans une boîte de consulting, mais évidemment il s’est passé la même chose, ça ne me plaisait pas vraiment, alors j’ai décidé de partir voyager au Panama, j’ai été bénévole dans un hostel, un peu comme ici, pendant un mois : je faisais un peu de marketing, j’aidais dans l’hostel…ensuite je suis rentré chez moi, et on a parlé avec Tirzo, je lui ai parlé de l’idée que j’avais de construire un hostel sur la plage, peu importe où dans le monde mais c’était une idée que j’avais en tête depuis longtemps. Lui aussi était un peu saturé de la vie de bureau et compagnie, il cherchait plus de contact avec la nature, il voulait se sentir plus en accord avec lui même en définitive. Son Papa avait une maison au Nicaragua, en face de la mer…et voilà, le destin avait fait les choses, on avait l’endroit, on avait une vision, il ne suffisait plus que de se lancer !

 

Un coup du destin, donc ! 😉 Est-ce que c’est possible pour, par exemple, un français, d’investir au Nicaragua ?

 

Oui bien sûr, c’est facile ! Nous on a de la chance parce que le papa de Tirzo a acheté cette maison il y a longtemps, quand ça coûtait presque rien, et aujourd’hui les prix montent quand même pas mal. Mais bon, ça reste plus ou moins accessible quand même, quand on compare au Panama par exemple. Il y a un peu de tout en plus, des terrains minuscules comme d’immenses terres, qui sont à vendre !

 

Tiens ben puisqu’on parle du Panama, c’est comment la vie là bas ?

 

Bon moi déjà j’ai grandi dans la capitale, en ville : plein de buildings, la chaleur, les bouchons…les gens sont sympas, mais ils ne vivent pas vraiment leur vie : le bureau, les bouchons, le dodo…un cycle qu’il faut suivre et respecter quoi. Il y a des gens à qui ca correspond, mais il y a aussi plein de gens à qui ça ne va pas, qui voient la vie d’une autre manière. C’était mon cas ! C’est aussi pour ça que j’ai voulu créer ce lieu qui est joli, calme, apaisant, je voulais que ça soit agréabe pour les gens qui passent par là, qu’ils s’en souviennent, qu’ils profitent…ça me satisfait mille fois plus en fait !

 

Quelles ont été les principales difficultés rencontrées pendant la réalisation de ce projet ?

 

Trouver les matières premières qu’on voulait, ça c’était difficile. Mais on n’a jamais abandonné, on a continué de chercher, de demander aux locaux, on était déterminés comme personne, on voulait réussir à faire ce qu’on voulait faire. On est pareils sur ce point avec Tirzo : si on veut faire quelque chose, on met tout en place pour y arriver. La détermination ! Il n’y a pas d’excuses, il y a toujours une solution, quelle qu’elle soit.

 

Est ce qu’il y a une chose dont tu es particulièrement fier ici ?

 

Ici, un truc en particulier ? Non…l’ensemble est vraiment top…les suites, en haut, sont incroyables. Oui, ok, peut être que la chose dont je suis le plus fier ce sont les suites.

 

Quel type de touristes viennent ici ?

 

Oh, de toute sorte ! Quoique…en vrai il y a un peu deux catégories : les « viajeros », les backpackers qui ne sont pas vraiment des touristes dans le sens où ils ne vont pas forcément dans les lieux touristiques pour prendre des photos. Souvent ils viennent et ils restent, ils veulent un peu faire partie du lieu, du projet… On a eu plein de bénévoles géniaux, des gens qui restent 4 mois, 6 mois…On vit ensemble, on partage…c’est très différent de la deuxième catégorie, que sont les touristes de passage qui viennent juste quelques jours, pour boire des coups, se reposer, faire du surf… Je n’en reviens toujours pas de à quel point les bénévoles qu’on a pu avoir sont géniaux, chacun avec un savoir faire : la peinture, la charpenterie, la culture…ils ont beaucoup d’imagination, ils travaillent dur…je ne pensais même pas que c’était possible d’avoir des gens comme ça avec nous.

 

Ok ! Et toi, tu te vois comment dans 5 ans ?

 

Je n’en ai aucune idée…Cette question on me l’a posée souvent notamment pendant mes entretiens d’embauche. Comment est ce que je peux savoir ! Le monde change tellement vite…il y a des jobs qui n’existent pas encore, d’autres qui disparaissent, des projets qu’on n’imagine pas être possibles pour le moment. Il y a deux ans je n’aurais jamais mais jamais pensé que je serais en train de gérer un hostel sur une plage nicaraguayenne, franchement… !

Cela dit, si je dois donner une réponse, j’aimerais avoir développer cette hostel, avoir fait de « Mano a Mano » une marque, un concept, le développer…

 

En parlant de Mano a Mano, comment tu vois la suite ?

 

Alors, disons par exemple d’ici 6 mois : améliorer et perfectionner ce que nous avons fait jusqu’à maintenant, parvenir au fonctionnement complet de ce qu’on a imaginé. Là on est en pleine transition, ça fait seulement un mois que nous avons ouvert. Il faut un petit peu de temps pour que tout ce qu’on a mis en place soit fixe, qu’on trouve les choses qui fonctionnent et celles qui sont obsolètes par exemple. Normalement, dans 6 mois, ça va être de la bombe, on sera pleins tout le temps. Le site internet fonctionnera bien, le bouche à oreille aura fait son affaire, les avis sur TripAdvisor ou Facebook par exemple nous aideront à remplir le carnet de réservations… On doit encore un peu bosser sur le marketing, sur des petits trucs comme ça.

 

Une question un peu plus « personnelle » : est ce qu’il y a quelque chose qui te fait peur dans ce monde ?

 

Quelque chose qui me fait peur…tu sais, je suis très positif, optimiste. Je sais qu’il se passe des choses mauvaises, qu’il y a des gens mauvais…je ne parlerais pas de peur, mais plutôt de compassion, et aussi je réalise que j’ai de la chance de ne pas vivre dans un pays en guerre, de ne pas être pauvre…ce n’est pas de la peur, mais plutôt de la compassion oui.

 

Est ce que le Panama te manque ?

 

Ma famille me manque oui. Je suis rentré en janvier, et mes parents sont venus me voir aussi en début d’année.

 

Et que pensent-ils de ton projet de Mano a Mano ?

 

Ils sont fiers ! Au début j’en ai juste parlé à ma mère ; elle m’a répondu qu’elle ne comprenait pas pourquoi je ne travaillais pas à la banque, dans un bureau, c’est plus rassurant tu vois. Donc au final je lui ai dit que j’allais à Boca Del Toro, au Panama, pour être bénévole, bosser dans le restau d’un ami. Ensuite je lui ai dit que j’étais au Costa Rica pour voyager, alors elle ne comprenait pas trop ce que je trafiquais. Et j’ai fini par lui dire que j’étais au Nicaragua, que j’avais un projet, qu’on allait le faire. Au début ils n’y croyaient pas trop, c’était un peu délirant…

On a trouvé une première bénévole, on lui a expliqué le projet et tout, elle nous a aidé…et puis il y a eu d’autres bénévoles, des gens qui passaient par là, des copains, des copains de copains…avoir une bonne équipe c’est tellement, tellement important. En plus de ça on employait quelques personnes de Las Penitas, des locaux. Normalement, ce sont des pêcheurs, ils n’ont pas vraiment de notion de construction, mais ils ont travaillé dur, si dur !

 

Comment faites vous pour motiver les gens, pour avoir une bonne équipe ? Penses-tu qu’il y a des « clés » ?

 

La meilleure chose à faire c’est de savoir que chaque personne est une belle personne, avec de belles choses à offrir. Le tout, c’est de réussir à mettre en avant cela. Si par exemple on est tous à fond sur un truc genre charpenterie, du boulot difficile et qui nécessite des savoirs faire, et qu’une personne est plus dans le genre peinture, design, et bien c’est parfait ! Fais le ! Il faut que les personnes se sentent bien, dans leur élément, sans se forcer à faire quelque chose qu’elles ne savent pas faire. Aussi, parfois tout va bien, super ambiance, mais il y a beaucoup de travail à faire et il faut savoir remettre le focus sur ça en douceur, sans tout « casser ». Il faut réussir à instaurer une sorte de routine, et organiser des moments de repos aussi, on est quand même dans un environnement de dingue ici ! On faisait aussi des excursions, dans les volcans, des restaus…pour maintenir une belle ambiance, que les gens se sentent bien, tranquilles… Ah, et enfin, communiquer ! C’est peut être la base de tout, communiquer, parler, dire les choses.

 

Cool, très cool cette réponse, surtout venant de quelqu’un qui vient tout juste de le faire. On change de sujet : est ce que tu as un plat préféré ?

 

Un plat préféré ! Pfiou…je ne sais pas…à vrai dire ça change, parce que pendant un temps j’étais vegan tu vois, mais j’ai un peu changé de vision des choses. Maintenant je suis végétarien, mais ici je mange du poissons, des produits de la mer… Je ne suis vraiment pas compliqué, ce qui me vient dans l’assiette me convient (surtout que je ne cuisine pas alors je ne peux pas trop être compliqué !).

Ah mais attends si, en vrai, mon plat préféré, c’est le chocolat noir, en barre. Mais c’est pas un plat, si ? (rires)

 

Est ce que t’as quelque chose à dire pour terminer cette interview ?

 

Venez à Mano à Mano ! On a créé un super lieu, venez faire partie de l’expérience, vous vous en souviendrez toute votre vie, je vous le jure !

 

C’est sûrement une des interviews les plus longues depuis le début du blog, mais franchement, ça valait le coup de lire jusqu’au bout non ? On souhaite toute la réussite possible à Thyrso et Kévin. Il n’est pas dit qu’on ne revienne pas leur faire un coucou d’ici quelques années…(et on vous conseille surtout d’aller y faire un tour !)

La page Facebook de l’hostel : c’est par ici 

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