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Salut, est ce que tu peux te présenter ? 

Je m’appelle Christian Robert, j’ai 24 ans, je suis né à Lyon en France et je suis ici au Canada depuis…maintenant 2 mois mais avant je vivais au Canada pendant 5 ans.

Tu es arrivé à quel âge ? 

La première fois j’avais 15 ans, et c’était à Montréal ! Nous sommes venus avec ma famille car mon père qui est commercial a été muté au Canada. Moi ça me plaisait bien, c’est un bon voyage ! J’ai toujours aimé voyagé, donc aller vivre sur un continent que je ne connaissais pas c’était génial, c’était assez excitant ouais! 

Et quitter la France à 15 ans, ça t’a fait quoi? 

Bah en fait j’aime tellement voyager…je pense que c’est quelque chose que je ne pourrai plus jamais « ne pas aimer » , même si j’ai 130 ans, c’est sûr que j’aimerai encore voyager. Tu vois ça te permet de prendre les perceptions des choses, rencontrer des personnes… 

Et ton papa est toujours ici ?

Non ! Il voyage beaucoup ; en ce moment il est au Cameroun et il va revenir bientôt.

Et toi tu habites où dans tout ça ? 

Normalement j’habite à New York, mais en ce moment j’habite ici, jusqu’au 21 mai. En fait je suis allé à Ottawa pour voir des amis, et en retournant aux Etats-Unis, je suis passé par Montréal. Le soir où je suis arrivé il y avait une grosse tempête de neige. Les 6 mois que j’ai passés ici pour mes études il y a 7 ans, je n’ai absolument pas profité de la ville : je passais 99% de mon temps à étudier, en 6 mois je suis sorti une seule fois dans un bar ! J’étais tout le temps à la bibliothèque, ce n’était pas vraiment sympa.

Donc quand je suis arrivé à Montréal et qu’il neigeait comme pas possible, je me suis dit que j’allais profiter du mois qu’il me restait avant de reprendre les cours, pour réfléchir sur moi même, me poser un peu… J’ai éteint mon téléphone, je n’ai pas dit aux gens où je suis, j’ai complètement déconnecté, et je vis incognito pendant quelques temps. Le jour où je suis arrivé, tous les hôtels étaient pleins à cause de la tempête, alors j’ai atterri dans cette auberge. J’étais fatigué donc j’ai d’abord voulu aller me coucher, et un des mecs de la chambre m’a proposé de sortir. J’étais là pour découvrir la ville, rencontrer du monde, alors je suis sorti de mon lit et j’ai dit « ok » pour le pubcrawl (tournée des bars). J’ai rencontré un des gars qui bosse ici et il m’a expliqué qu’il faisait du bénévolat à l’auberge contre un lit la nuit, donc j’ai fait comme lui ! 

Et tu bosses à quelle fréquence ? 

Moi je m’occupe des petits déjeuners deux fois par semaine, et trois fois par semaine chaque trois semaines, de 7 heures du matin jusqu’à 15 heures. Bon après je file très souvent des coups de main mais c’est ça mon rôle normalement. J’avais le choix dans ce que je pouvais faire mais comme j’adore me lever tôt, le petit déjeuner ça me va très bien ! 

Je vois, c’est trop cool ! Et tu te vois où dans 5 ans ? 

Cette question, j’y ai beaucoup réfléchi ces deux derniers mois. Dans cinq ans, je vois ma vie beaucoup plus orienté « professionnel » , avoir de vrais business, des entreprises à travers le monde, voyager, commencer à former une famille (doigts croisés)… J’y ai vraiment réfléchi, et tu vois j’ai 25 ans cette année ; de 25 ans à 30 ans il y a 5 ans, donc là on parle de la vie que je veux avoir à 30 ans ! Ca fait peur ! Mais oui, ce que je veux en gros, c’est avoir établi une vraie bonne base professionnelle… Je serai à New York en tout cas, parce que je suis en train de finir des études. Il me reste 3 ans et demie là.

Qu’est ce que tu étudies ? 

Etude environnementale et design. Donc, en fait on bosse dans le domaine du sustainable development (qu’on traduirait en français par développement durable), de l’environnemental et de l’architecture. Le sujet c’est un peu de savoir comment créer un projet immobilier en y intégrant le développement durable. C’est vraiment super intéressant, et je veux être là dedans dans 5 ans. Je voudrais avoir ma propre entreprise ; j’ai rencontré quelqu’un qui m’a dit « tu ne découvres pas ce que tu aimes, tu découvres ce que tu n’aimes pas », en ce moment je travaille à l’auberge, et ça faisait genre 4 ans que je n’avais pas travaillé (…)

Il y a deux ans, j’ai passé une année à me concentrer sur moi, à m’étudier, qu’est ce que j’aime et je n’aime pas, à lire des livres…j’ai lu 175 livres en neuf mois, j’ai fait pas mal de séminaires parce que je crois qu’à 25 ans, si tu ne te connais pas vraiment toi même, il n’y a pas beaucoup de choses que tu peux faire, ou alors à la rigueur tu fais les choses parce que tu dois les faire. Je me vois un peu comme une sorte de canvas, et j’étais arrivé à une période de ma vie où je me sentais…un peu perdu. J’ai réalisé que j’allais dans le même sens que les gens m’entouraient, tout le temps. Je suis quelqu’un de très perceptif, et je me suis demandé : « est ce que dans un, cinq ou dix ans je me vois faire la même chose? Non! », mais la question qui vient après c’est « qu’est ce que tu veux vraiment? » donc j’ai coupé avec tout le monde, j’ai pris 9 mois, je me suis déconnecté, j’étais dans ma famille, souvent seul avec moi même. Je faisais du sport et je lisais constamment, et maintenant, deux ans plus tard, j’estime que je me connais : je sais ce que j’aime et ce que je n’aime pas, où j’aimerais aller et où je n’aimerais pas aller. Je suis content d’avoir fait ça maintenant car quand tu commences à te demander ce que tu aimes et ce que tu n’aimes pas et que t’as 50 ans…c’est le bordel ! 

Quelle est ta vision de l’investiture de Donald Trump ? 

C’est intéressant car quand je suis arrivée aux Etats-Unis, à New Yoek, c’étaient le jour et le lendemain des élections. Je pense que c’est l’un des jours les plus sombres de ma vie, parce que l’énergie dans toute la ville était tellement déprimante : plein de gens pleuraient, il y en avait qui faisaient des free huis pour se consoler,  c’était vraiment bizarre. Je n’ai jamais été un supporter de Trump, mais voilà il a été élu. 

Moi je vois ça comme ça : premièrement c’est une leçon pour dire « impossible is nothing » , c’est une grosse leçon venant d’un entrepreneur. Deuxièmement ça m’a fait réaliser qu’il y a vraiment beaucoup de problème dans ce monde, et les gens ne le comprennent pas. Le « politiquement correct » c’est vraiment du bullshit, les politiques sont beaucoup comme ça donc les gens pensent que c’est aussi facile que ça. Cette élection elle a de positif le fait que ça y est, on soulève le tapis : voilà les problèmes auxquels on fait face aujourd’hui, et vous devez vous prononcer sur tout cela. 

Au fond de moi ça me fait me dire « ok, à partir de maintenant et encore plus qu’avant, tu dois être la meilleure version de toi même, tu dois travailler super fort pour être bon, pour aider les gens et améliorer leur vie » . Pas mal de mes amis m’ont envoyé des messages en me souhaitant bonne chance suite à l’élection de Trump, mais j’ai déjà vécu sur tous les continents à part l’Océanie, et je peux te dire qu’il y a du racisme partout, pas plus ici qu’ailleurs, et pas plus depuis l’élection de Trump ! Ce n’est pas parce qu’on a soulevé le tapis que les racistes sont sortis de sous le tapis, ils sont déjà là depuis longtemps, et c’est le cas partout dans le monde ! 

Ok, je vois. Et le futur avec Trump tu le vois comment ? 

Bon alors déjà, il ne fout rien. Trump n’a aucune idée. Il l’a fait…juste pour pouvoir le faire, parce que je pense que ce mec est dans la compétition. J’ai vécu à New York et déjà rien qu’a New York, pour réussir là bas, il faut avoir la compétition dans le sang et lui il est excellent là dedans ! Moi je crois qu’il ne savait pas tout ce qui incombait au job de président des Etats-Unis, et c’est ce qu’il est en train de réaliser en ce moment en fait. 

Aux Etats-Unis actuellement il y a deux problèmes en particulier : le changement de climat d’abord. Je suis venu aux Etats-Unis pour étudier et faire avancer les choses concernant le réchauffement climatique notamment parce qu’Obama a mis des choses en place pour encourager cela. Trump a détruit tout ce qu’Obama avait développé pour aider notre planète. Mais je vois les choses positivement : désormais il faut qu’on travaille super fort et qu’on soit super innovants et novateurs pour pouvoir proposer à l’administration actuelle, qui est « contre » la protection de la planète, nos projets. C’est encore plus challengeant et peut être même que « grâce » à ça on va proposer des choses encore mieux que si ça avait été « facile », des trucs plus intuitifs à mettre en place. 

Avec Obama c’était parfois du « blabla » ; aux Etats-Unis il y a tellement de problèmes en relation avec l’environnement, ses discours c’était finalement souvent une façade pour ne pas parler des vrais problèmes. Par exemple dans la gestion des déchets à l’école : je suis dans la meilleure école de design du monde, et je vois tellement de conneries qui sont faites au sein de l’établissement…bref, depuis que Trump est là, c’est à nous de vraiment changer les choses.

Le deuxième gros problème, c’est le « healthcare », la protection sociale, ce qui est assez bête. Enfin, je veux dire, au Canada, en Europe, partout, il y a « la santé » pour tout le monde, et ici on fait des débats sur un droit qui est quand même vachement primordial : la santé quoi ! Donc là, Obamacare, qui était formidable, a été plus ou moins supprimé par l’administration de Trump. Eh bien voilà, maintenant les gens réalisent la valeur de ce qui avait été mis en place, ce qui n’était pas du tout le cas avant ! Donc maintenant que ça change, les gens sont plus reconnaissants envers tout ça. 

Donc pour moi ce sont les deux points fondamentaux qu’il va basculer, mais je suis convaincu qu’à part ça…il ne va pas faire grand chose. 

Tu penses qu’il va aller au bout ? 

Je pense qu’il va aller au bout, et j’espère, car son vice-président, c’est vraiment dix fois pire…et ça sera lui qui prendra la présidence du pays si jamais Trump est…assassiné par exemple.

Au niveau global…ah…il va peut être modifier le positionnement des USA, et ce n’est pas une bonne chose. Avant, le pays était associé avec la force, la liberté…enfin un endroit où tu peux aller, et faire ce que tu veux, et arriver au niveau que tu veux atteindre si tu t’en donnes les moyens, un terrain d’opportunités, et je pense qu’avec Trump ça va beaucoup changer. 

Tu sais moi je pense que tout ce qui se passe aujourd’hui en France, le clivage entre les gens, les attaques et tout, c’est le résultat de l’accumulation de la frustration de gens qui se sont fait beaucoup oppresser depuis des années, et je parle des Français blancs qui ne trouvent plus leur place, des arabes qui vivent là depuis des générations qui ne la trouvent plus non plus, des noirs, enfin de tout le monde en fait. Plus personne ne trouve sa place et ça donne lieu à l’apparition d’extrêmes parce que les gens ont besoin de changement.

C’est une jolie analyse ! Est ce qu’il y a quelque chose qui te fait peur dans ce monde ? 

Oui. L’égoïsme. Prenons au niveau global : les médias, les organisations commerciales, les gouvernements…chacun pense à son avantage, son avancement, ses intérêts. Les médias aux Etats-Unis par exemple, j’ai des amis qui bossent la dedans, et pour moi Trump a gagné parce qu’il avait l’attention de tout le monde ! Il était devant les caméras ! Et moi je crois que quand tu as l’attention de tout le monde, mais tu peux faire ce que tu veux !

En plus de ça, les médias…ils aiment l’attention, le commérage, le sensationnel, faire du bruit, alors c’est ce qu’ils font. Ils parlent de trucs débiles que les gens aiment entendre, alors que leur mission, c’est d’informer les populations de ce qu’il se passe, ici et ailleurs, ni plus ni moins. Et bien voilà, on est dans l’égoïsme et ça détruit toute la logique. Dire la vérité, ce n’est pas rentable, alors on raconte des foutaises, on fait des foutaises, on vit des foutaises. 

Mais alors est ce que ce n’est pas l’argent le problème au final ?

L’argent pour moi ce n’est pas un problème, car c’est juste un besoin pour survivre. Que ce soit un enfant en Ethiopie ou un milliardaire aux USA, il y a toujours besoin d’argent pour pouvoir manger, satisfaire ses besoins… Je vais le dire en anglais : « if, when you don’t have money you are an asshole, when you have money you are even more an asshole », parce que l’argent accentue qui tu es. Donc si par exemple une organisation arrive à avoir l’attention des médias pour promouvoir des informations positives, genre un gamin orphelin un peu génie qui a créé une innovation qui va changer le monde et aider à sauver la planète, et qu’ils ont le budget pour attirer l’attention, c’est juste incroyable, ils vont faire encore plus, ils vont contribuer au sauvetage de la planète quoi. 

Donc l’argent n’est pas un problème, c’est simplement la mentalité cachée derrière qui fait que l’argent peut devenir un problème. 

Une autre petite question, un peu plus légère : qu’est ce que tu manges au petit déjeuner ?

Ahhh, le petit-dej ! Mon petit déjeuner c’est toujours la même chose depuis 12 ans : du gruau, une cuillère de yaourt grec 0%, des fruits et du café fait avec un mocha de la marque Lavazza. 

Et ton plat préféré ? Ou même le truc que tu grignotes en rentrant de soirée par exemple ? 

Waouh c’est difficile…mais…les crêpes de ma mère. Il n’y a rien de mieux que les crêpes de ma mère dans ce monde. Et mon « night-snack », ça dépend mais si je rentre de soirée, je me fais une salade, et d’ailleurs je la prépare souvent avant de sortir comme ça je sais que je ne vais pas me jeter sur un McDo super gras ! (rires)

Est ce que tu veux conclure avec quelque chose ?

“In a world full of adversity, the best thing you can do is : number one, be yourself ; number two, aim to be the best version of yourself. “

Une fois que vous avez fait ça, vous avez rendu le monde meilleur, en même temps que votre propre vie. 

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